Le message évangélique a changé l’histoire du monde

Nietzsche a perçu mieux que quiconque la puissance prodigieuse de la subversion évangélique.

Nietzsche ne s’était pas trompé. le message évangélique a changé l’histoire du monde.

Sur ce principe de subversion contenu dans le message christique, Nietzsche ne s’était pas trompé. Cela pourra sembler étrange, mais une lecture très attentive de Nietzsche se révèle vite roborative pour un chrétien. Tout en combattant le christianisme, Nietzsche prend très au sérieux sa fondamentale « nouveauté ».

Il la considère comme une catastrophe mais il concède - pour s’en lamenter - que le message évangélique a bel et bien changé l’histoire du monde en privilégiant la victime sur l’oppresseur, en ouvrant la voie à ce qu’il appelle dédaigneusement une « morale des faibles ou des esclaves ». Nietzsche a perçu mieux que quiconque la puissance prodigieuse de cette subversion évangélique. À ses yeux d’ailleurs, la pensée grecque elle-même, depuis Platon, était déjà préchrétienne sans le savoir. Il exècre de la même façon Platon et le Nouveau Testament, et préfère en revenir, quant à lui, à la tradition présocratique. Une tradition où l’on est encore dans l’innocence de l’oppression et de la persécution ; une tradition où les forts n’ont pas à rendre raison de leur aristocratique supériorité.

J.C. Guillebaud, "Comment je suis redevenu chrétien" p. 114