"dans ce « états de violence » les médias tendent à devenir le principal champ de bataille."
Qu’on y réfléchisse un peu. Que voulaient les commanditaires des abjectes tueries du 13 novembre à Paris ? Qu’espéraient-ils ? La réponse est simple. Ils voulaient d’abord nous faire trembler, et ensuite nous pousser vers la violence intercommunautaire. Rien ne réjouirait plus ces« stratèges » d’un nouveau genre qu’une contre-violence vengeresse qui s’exercerait demain en France contre les Français musulmans. Le rêve absolu étant de précipiter notre pays dans une guerre civile communautaire. Une fois encore c’est une victoire psychique - et non pas militaire - qu’ils visaient ; c’est la « grosse caisse » médiatique qu’ils voulaient faire fonctionner dans ce but. Et toujours plus fort.

Or, à la longue, ils ont si bien appris à piéger lesdits médias qu’ils réussissent diaboliquement sur ce front immatériel.
« Le 13 novembre, devant ces tueries, une rhétorique convenue s’est immédiatement remise en branle et un même vocabulaire a refleuri un peu partout, sans précaution ni mesure : horreur, carnage, apocalypse, troisième guerre mondiale corps déchiquetés, etc. Plusieurs heures, les images et les témoignages les plus affolants sont passés et repassés en boucle sur les chaînes d’info continue et sur les réseaux sociaux. » (Jean-Claude Guillebaud, La Vie 19/11/2015, page 24)
"Arme des faibles, il (le terrorisme), il touche un territoire minuscule - un café, une rue, une gare, un espace public - pour un impact maximal. Il se joue des démarcations et des frontières, puisqu’il fonctionne en touchant notre arsenal psychologique. Il parvient à semer le doute :
Et si ça avait été moi ?
Et si j’étais le prochain visé, puisque les tueurs sont partout ?"
Une gangrène tenace
"Ethnique ou séparatiste, les Basques, les Péruviens du Sentier lumineux, le Hezbollah, les « escadrons de la mort », les Tigres tamouls, les sectes millénaristes comme celle d’Aum Shinrikyo usant du gaz sarin dans le métro de Tokyo, les ethnies au Rwanda, Action directe en France, la Fraction Armée rouge en Allemagne et les Brigades rouges en Italie ont semé la terreur en touchant des personnalités plus que des lieux, du fait d’une grande médiatisation." (Gilles Fumey, ibid. p. 28)
→ « Qui sème le vent récolte la tempête »
"La France est donc prise pour cible
parce qu’elle se bat. Mais aussi en raison de son histoire, dont le passage colonial reste un thème très investi chez certains individus tentés par le djihad. La notion de laïcité est également perçue de manière négative"
Tout cela encore amplifié par des facteurs aggravants : la multiplication des groupes djihadistes, la dislocation du Moyen Orient, mais aussi les tensions sociales, politiques et religieuses dans notre pays, note Abou Djaffar". (Ibid. p. 31)
"On peut agir en donnant plus de moyens à la police et à la justice. Mais multiplier des lois est inutile. Elles ne servent qu’à restreindre les libertés. Or il ne faut surtout pas renoncer à certaines de nos libertés au nom de la sécurité. Car l’objectif de ces terroristes n’est pas de nous vaincre militairement, mais de désarticuler notre société, parce que c’est une société libre.« »les messageries cryptées, de WhatsApp à Telegram, prisées des djihadistes, seraient le cauchemar des services antiterroristes." (ibid. p. 53)
"Pour l’évêque (Mgr Dubost), « ce sont ceux qui espèrent qui construisent, alors que les pessimistes ne servent à rien ».
« toute catastrophe de ce genre doit renforcer en nous la volonté de vivre ensemble, d’être constructifs », a-t-il confié à la Vie, « La peur serait mortifère. Ce qui est important, c’est de multiplier les rencontres personnelles entre chrétiens et musulmans. Il est difficile d’agir sur Daech, mais nous pouvons tous faire quelque chose pour l’éducation des enfants ». (Ib. p. 57)
→ VIDEO : Des musulmans découvrent la foi chrétienne et disent leur émerveillement
L’écrivain musulman Mohamed Chirani
"Face à la montée des tensions, à la crise identitaire, les terroristes s’attendent à ce que la société désigne un ennemi intérieur : les musulmans en général. Or les terroristes professent une idéologie de la haine très précise, le salafisme djihadiste qui a trouvé en France un terrain propice, ainsi que des gisements de jeunes très disposés au terrorisme tant leur haine est profonde. Il a aussi profité d’un vide : nous avons dix ans de retard dans cette guerre idéologique.
Toutes ces dernières années, environ 900 vidéos très sophistiquées ont été produites par Daeche, diffusées en plusieurs langues, sans compter des revues, des sites internet. Or qu’est-ce que le gouvernement français a produit depuis les attentats de janvier ? Quatre ou cinq vidéos, un site internet Stop djihadisme.
L’action policière et le renseignement sont vraiment nécessaires, mais il faut également construire un contre-discours crédible, car fondé sur des faits, sur l’histoire, sur le contexte historique et politique des sources sur lesquelles s’appuie la propagande Daech." (Mohamed Chirani) (ib. p 59)
→ VIDEO : Ce musulman nous dit comment il a découvert la foi chrétienne
Après ce vendredi 13, qui enfin osera faire le lien entre ces horreurs et le sentiment d’inutilité de beaucoup de jeunes, la médiocrité ambiante, l’oisiveté, l’absence d’idéal et de « projets humanitaires » qui donneraient un sens à son existence, donneraient même envie d’y donner sa vie ?
Et qui osera faire le lien avec les interventions occidentales dans les pays du Proche Orient et ailleurs depuis si longtemps, avec un sentiment de supériorité culturelle et intellectuelle sur ces populations ?
Qui osera faire le lien avec le doux mépris des personnes qui ne pensent pas comme nous, n’ont pas les mêmes croyances, ont une autre idée de la liberté ?
Qui osera aussi faire le lien avec une laïcité agressive qui exclut au lieu de favoriser le vivre ensemble ?
Et encore, qui osera faire le lien avec l’attitude de nos gouvernements se pavanant en janvier dernier avec la une d’un hebdomadaire outrancier sous le bras comme réponse aux attentats d’alors ? On aurait mieux fait de se demander pourquoi tant de haine et de violences.
A jouer sur l’émotion, on joue avec le feu. A ce jeu-là, de nombreux innocents continueront hélas à y perdre la vie. (André Favréaux - Hérault)