- Lire la parabole du Bon Samaritain (Luc 10/ 29-37)
Au temps du Christ, le mot « prochain » pouvait s’appliquer au frère, à l’ami, au concitoyen, mais pas à l’étranger ou à l’ennemi.
Jésus va faire bouger les lignes : il ne se laisse pas enfermer dans la casuistique de l’époque qui identifiait de prochain à son appartenance au même cercle religieux.
« Jusqu’où faut-il aller ? »
Pour Jésus, nous le voyons, c’est une invitation à un changement radical. Il ne s’agira plus de se réclamer de sa caste, de son cercle, de son réseau il s’agit de se faire soi-même le prochain de l’autre.
Dans cette anecdote, l’homme donné en exemple est - ironie de l’histoire - un de ces Samaritains détestés. Or, lui seul s’est comporté en enfant de Dieu…
Mais voyons de plus près….
Un voyageur se rendant à Jéricho est agressé par des brigands et laissé en danger de mort.
Un prêtre et un lévite, ceux-là ….passent outre, en faisant un détour :« passer à bonne distance » la traduction fidèle du grec signifie « longer de l’autre côté de la route »…

Il est des détails révélateurs et significatifs !….
Sont-ils excusables ?
Peut-être voulaient-ils éviter une souillure à devoir être au contact du sang ! On peut penser à la loi sur la purification au Livre des Nombres 19/, 11-16…
Cas extrême :
« Quiconque touche un cadavre humain est impur (ici on parle de cadavre) il est impur pour une semaine… s’il néglige de se purifier le 3è et le 7è jour, il restera impur….
Et verset suivant « il sera exclu du peuple d’Israël »….
La parabole sous–entend peut-être ceci, mais elle invite visiblement l’auditeur à s’identifier avec l’homme blessé ; elle retient que les serviteurs du Temple pouvaient oser le détour et ne pas passer de l’autre côté de la route !
Le Samaritain, lui, est « pris de pitié », pris aux « entrailles ». Ce schismatique détesté a eu, lui, des gestes d’humanité. Pour un Judéen, le terme de « schismatique » renvoie à « d’autres références » : un autre choix de l’Ecriture, un autre temple, un autre calendrier, d’autres rites.
Pour cet homme, la compassion le pousse à une intervention efficace, que le verset 34 décrit en 6 ou 7 verbes d’action bien complémentaires : je cite
« Il s’en approcha encore plus, versa de l’huile et du vin sur ses blessures, et les recouvrit de pansements. Puis il le plaça sur sa propre bête et le mena dans un hôtel, où il prit soin de lui ».
Le verset suivant va souligner qu’il assure un suivi
« le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, les donna à l’hôtelier et lui dit " Prends soin de cet homme, lorsque je repasserai par ici, je te paierai moi-même ce que tu auras dépensé en plus pour lui".
On a envie de dire : « bravo !
Jésus a bien entendu la question du légiste « qui est mon prochain » ? mais il l’inverse « qui s’est montré le prochain » ? Le prochain n’est plus l’autre à aimer, parce que sa proximité requiert que je l’aime… Le prochain est celui dont je décide de me faire proche.

La parabole permet ce retournement ; et – à son écoute – l’auditeur que je suis ne peut se justifier de passer à côté, de passer son chemin…. Sans devenir proche de la détresse du voyageur !
Jésus ouvre une nouvelle définition du prochain et introduit ici un fort geste de compassion. De plus Jésus exhorte à adopter désormais de semblables initiatives dans les circonstances variées de la vie.
En ce récit, le bon Samaritain a fait le geste qu’il pouvait faire, dans la situation qui était la sienne….
A distance, et dans notre aujourd’hui, nous pouvons élargir notre regard : toute personne est mon prochain, pas seulement celui ou celle de mon quartier, de ma ville, de ma race, de ma religion.
A distance, si on pense plus spontanément à des personnes ; des cas individuels, on voit aussi la nécessité à élargir également aux groupes humains : qui, désormais, sont dans notre paysage en direct ou par l’image et les médias !
Les médias nous rendent plus proches de tant de groupes humains, d’appartenances sociales, diverses, de religions différentes les unes des autres…..
« faire ce que l’on peut »… et penser à d’autres partenaires si possible
Dans notre aujourd’hui, on mesure que, seul, on ne peut pas « tout faire »… mais « faire ce que l’on peut »… et penser à d’autres partenaires si possible… C’est sûrement un appel de l’évangile pour notre temps ! Nous connaissons des initiatives locales répondant à des besoins de proximité ; comme nous pouvons apporter notre contribution à des organismes, qui savent gérer dans la durée l’aide et le soutien. On peut penser aux réponses du CCFD,
Enfin, la tonalité du récit pourrait faire croire à une antinomie entre la prière et l’action. Mais nous savons bien qu’il n’y a pas à choisir entre le service de Dieu et le service du prochain, entre l’autel où Dieu se donne à rencontrer, et le prochain où il vient aussi nous rencontrer…
N.D. de l’Hermitage (St-Chamond), mai 2014