
Ce statut d’appel adressé à une liberté qu’on ne veut en rien brusquer veut le clair-obscur du signe ou de la parabole. Il y faut assez de lumière pour qu’on puisse reconnaître un sens, mais assez de demi-obscurité ou d’ambiguïté pour qu’on ne soit en rien contraint et que la réponse se forme librement selon la disposition de notre « cœur ».
Dieu présente aussi son message de façon qu’on puisse avoir quelque raison de ne pas le confondre et de le refuser mais aussi une vraie possibilité de le reconnaître et de l’accueillir. C’est ce que Pascal, et après lui Kierkegaard, a dit dans une langue qui décourage d’exprimer mieux ce qu’il a si profondément senti :
« Il n’était pas juste que Jésus-Christ parût d’une manière divine et absolument capable de convaincre tous les hommes, mais il n’était pas juste aussi qu’il vînt d’une manière si cachée qu’il ne pût être connu de ceux qui le chercheraient sincèrement. Il a voulu se rendre parfaitement connaissable à ceux-là. Et ainsi voulant paraître à découvert à ceux qui le cherchent et non à ceux qui ne le cherchent pas. Il y a assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. »
A ECOUTER →Vincent Redier : Je me rends compte que le Seigneur était déjà là et je ne le savais pas.
Il y a des signes et des paraboles qui relèvent de la Révélation positive, mais pour les élus, tout est grâce ; tout peut être signe et parabole pour ceux que Dieu appelle et qui ne se refusent pas à le chercher.
Nos options de destinée se dessinent dans tout l’ensemble de la vie ; le salut se joue sur une attitude qui se prend à l’égard de tout, même quand on ne sait pas très bien que l’enjeu final est si grave. Au fond, Dieu est caché, ou plutôt il affleure sous toutes les réalités de l’existence au contact desquelles nous déclarons nos dispositions foncières.
Plusieurs passages de la Bible sont éloquents à cet égard (cf Abraham recevant les messagers – Simon de Cyrène portant la croix de Jésus et le passage de Mathieu sur le jugement dernier). Les visites de Dieu sont mêlées d’ombres et de lumière. Notre liberté, souvent s’oriente sans bien savoir où cela débouche. L’essentiel est l’orientation qu’on prend. Même prise à l’égard des hommes à un plan qui semble purement naturel, si elle est d’ouverture et d’amour, elle esquisse et engage déjà une attitude à l’égard du Christ et de Dieu qui est Amour.
Mais on ne sait jamais bien ce qu’on fait. C’est pour cela, c’est parce que l’option n’a pas été prise dans une lumière absolument irrécusable, que les péchés contre le Fils de l’homme peuvent connaître un pardon.
Les voies de Dieu sont toujours Vérité, Justice et Miséricorde. »
Yves Congar, Jésus-Christ, p. 137