Dans ce climat général la réflexion doctrinale passe globalement d’une théologie de Marie-reine à une théologie de Marie-servante. Marie s’est présentée elle-même comme « la servante du Seigneur » (Lc 1,3 - 8). Ce ne sont plus les « privilèges » d’une mariologie qui occupent l’attention, mais la vierge d’Israël : celle qui représente les pauvres de Yahvé, la servante de l’Annonciation, la mère de famille qui a couru les risques et les épreuves liés à l’enfance de Jésus et qui a mené à Nazareth une existence « ordinaire » ; celle qui s’est effacée devant la mission de son Fils pour se retrouver présente à l’épreuve de la croix, celle qui s’offre ainsi à notre imitation comme exemple d’une existence selon le Royaume.

Cette considération correspond à la christologie du Serviteur appelé à se manifester comme le Seigneur. On retrouve le lien entre le « etapeinôsen » - il s’est abaissé - de Ph 2, et, dans le Magnificat, la tapeinôsis - la bassesse - de la servante.
Marie est située dans le sillage de l’anéantissement - la kénose - du Christ.
Dans tout cet itinéraire, la foi de Marie, soulignée dans Lumen Gentium puis par Jean-Paul II, joue un rôle exemplaire. Bref, il s’agit de tout ce qui montre le partage par Marie de notre condition humaine et de sa solidarité avec la famille humaine.
( Bernard Sesboüé : « Marie », ce que dit la foi- page 45)