Au cours du XIXe siècle, plus de 400
congrégations religieuses virent le jour
Le vieux réseau d’abbayes ne survécut pas à la Révolution.
Mais, au cours du XIXe siècle, plus de 400 congrégations religieuses virent le jour alors qu’étaient restaurés les ordres monastiques traditionnels…
ll faut pour comprendre la loi de 1901 puis celle de 1904 faire retour en arrière, jusqu’à la Constituante qui en 1790 supprima les ordres religieux notamment parce que les vœux, ayant valeur légale, étaient contraire[s] aux nouvelles valeurs de liberté des personnes.
Ce rappel n’est point cependant que d’histoire. Durant le XIXe siècle et plus encore en son terme, la référence révolutionnaire imprègne les esprits des uns et des autres. Pendant que certains républicains souhaitent voir revivre la législation révolutionnaire, l’Église catholique béatifie les martyrs de la Révolution, les prêtres massacrés aux Carmes en septembre 1792, les carmélites de Compiègne, guillotinées…
La table rase de 1790 permet paradoxalement un changement :
ce sera la source des renaissances du XIXe siècle. Un monde monastique disparaît - celui des grandes propriétés, de la mort civile des profès , de l’enfermement des femmes dans les couvents.
Naissent alors « les congrégations » . On comprend mieux la nature de celles-ci quand on examine le cas des religieuses, en apparence plus aisées à identifier à la veille de la Révolution. Car si les débatteurs de 1901 pensaient les congrégations au masculin, celles-ci se sont un siècle durant surtout vécues au féminin.
En 1790, les religieuses vivaient en majorité dans des abbayes,
riches plus ou moins de terres et de dettes, et surtout dans des couvents, tels ces 360 pensionnats regroupant dix milles ursulines. À part, se trouvaient des « filles » séculières, hors du modèle dominant, qui tissaient leur toile, dans les villes et les villages, maîtresses d’école ici, là hospitalières. Il est en tout 55 000 religieuses en 1789 : parmi elles, les filles séculières, issues de milieux plus modestes, peu considérées, sont aussi moins nombreuses (20%) et plus tardivement supprimées (1792).
Les « bonnes sœurs » deviennent les modèles :
Les « bonnes sœurs » : celles qui étaient à la marge deviennent les modèles. Quand la société française sort de la Révolution et que le Concordat redonne un cadre légal à de nouveaux rapports entre l’Eglise catholique et l’État, deux changements fondamentaux s’opèrent alors. Celles qui étaient à la marge - les plus modestes - deviennent les modèles : les filles séculières se transforment en « bonnes sœurs », leurs familles religieuses en « congrégations », progressivement reconnues par l’Etat à partir de 1807. L’utilité devient la norme ; le repli contemplatif, l’exception.
Au premier rang sont, dès lors, les Filles de la charité de Paris créées par saint Vincent de Paul. Leur nom devient commun, on désigne toutes ses sœurs qui soignent comme des « sœurs de charité ». Ce modèle fait fortune : immédiatement de nouvelles fondations se créent, quatre cents, durables, voient le jour en France entre 1800 et 1880, des plus humbles (une cinquantaine de sœurs de Saint Joseph dans un canton de l’Ardèche) aux plus prestigieuses comme les Dames du Sacré-Cœur, qui multiplient à travers le monde des pensionnats pour les milieux aisés.
Un essor remarquable
Ce dynamisme dont bénéficient aussi les familles issues de la Réforme tridentine (carmélites et ursuiines) conduit à un essor remarquable.
- A peine plus de 12.000 femmes en 1808,
plus de 30.000 en 1831, - plus de 90.000 en 1861,
- 130.000 en 1880. Le mouvement est stabilisé, c’est aussi le niveau de 1900.
Les femmes deviennent majoritaires
parmi les « permanents » du catholicisme
A partir du milieu du siècle, les femmes deviennent majoritaires parmi les « permanents » du catholicisme, prêtres, religieux, religieuses.
En 1878 ceux-ci sont environ 220.000 : les « bonnes sœurs » comptent pour 60%. Les raisons de ce succès ? Une élite libérale qui demande qu’on fasse la « charité » ; un besoin d’alphabétisation féminine qui mobilise toutes les énergies ; un Etat qui approuve, une société qui consent, des évêques immédiatement intéressés qui appuient, une papauté, lointaine, qui bénit.
Des croyantes, surtout, sont prêtes à s’investir dans l’aventure des fondations. En quatre-vingt ans, près de 200.000 femmes ont accepté de mener ainsi une vie austère mais pour l’essentiel assumée.
Elles occupent avant 1880
deux positions dominantes.
Les « bonnes sœurs » contrôlent la presque totalité du secteur hospitalier et caritatif. Elles y resteront durant tout le siècle, sauf à Paris. Entre 1830 et 1880 elles ont investi l’enseignement.
En 1876, alors que les filles scolarisés sont aussi nombreuses que les garçons, les congrégations de femmes fournissent deux institutrices sur trois et encadrent six filles fréquentant l’école sur dix. Elles ont pris le contrôle des pensionnats, organisent un enseignement privé dominant dans l’Ouest et le Sud-Ouest ; elles ont ailleurs mis en place l’enseignement communal de filles où elles sont également majoritaires (60%) ; elles ont même pris le contrôle des salles d’asile (80%).
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Article publié dans « Notre Histoire » n°189
Claude Langlois, Directeur d’études à l’E.P.H.E.