Pendant que le débat divise le pays, les mesures gouvernementales sont inexorablement appliquées. Non sans réactions dans la population : à Paris, une foule considérable accompagne les Sœurs de la Providence, qui se retirent après avoir dû abandonner leur école de la rue Saint-Roch.

Dans la capitale ou en province, la fermeture des établissements scolaires et le départ des religieuses s’opèrent toujours de la même façon, au moyen de ce que Christian Sorrel nomme une « violence contenue et ritualisée ».
A l’approche des forces de l’ordre, les religieuses s’enferment dans leurs écoles. Sous les huées de la foule, un serrurier requis par les autorités judiciaires force la porte d’entrée. Quand il a achevé sa besogne, les sœurs sortent sous les applaudissements. Puis les manifestants, précédés de drapeaux tricolores crêpés de noir, les accompagnent en chantant des cantiques ou La Marseillaise — hymne par lequel ils renvoient le principe de liberté à la face de leurs adversaires.
En Bretagne, l’affaire sera plus chaude.
Dans le Finistère, notamment, la fermeture des écoles prend une dimension quasi insurrectionnelle : bourgs aux volets clos, charrettes renversées en travers des routes, patrouilles de paysans armés de faux et de fourches.
A Landerneau, les gendarmes à cheval ne parvenant pas à disperser les manifestants, il faut faire donner l’infanterie.
A Crozon, deux compagnies du 118e de ligne sont nécessaires pour évacuer cinq religieuses et leur supérieure, impotente et âgée de 80 ans.
A Lesneven, un des villages les plus coriaces, 500 hommes du 19e de ligne et 400 de l’infanterie coloniale se heurtent à toute la population : on relèvera 15 blessés.
A Saint-Méen, en Ile-et-Vilaine, 475 fantassins sont mobilisés pour expulser quatre sœurs, intervention qui laisse 22 blessés.
Jean Sévillia : « Quand les catholiques étaient hors la loi » page 127-128