Sorti du scolasticat sans aucune formation pédagogique, je fus envoyé au juvénat de Franois, que j’avais quitté 2 ans 1/2 auparavant, et où je retrouvais d’anciens camarades. Mais la Providence veillait je tombai malade, et fus envoyé à l’infirmerie de St-Genis. Là, j’eus la joie de retrouver mon sympathique Maître des Novices, qui s’éteignait lentement. Je lui fis sa dernière barbe, la veille de sa mort …
Un être peu cultivé peut-être, mais d’un jugement sûr et d’une bonté d’âme exceptionnelle.
Après quelques mois de repos, l’on me confia quelques jeunes Hongrois ou Tchèques, pour leur apprendre la langue française, puis je pris la direction d’une classe au juvénat de St-Genis.
SERVICE MILITAIRE, 1935
1935. Service militaire au 11e dragons à Vesoul. Premier contact avec les vicissitudes humaines. Je rencontrai une bonne équipe de copains, parmi lesquels le Fr. VENET, et un séminariste, l’abbé PUPIER.
Chaque dimanche, je sortais de bonne heure du quartier pour aller à la messe, bien sûr, puis au Foyer du soldat, dont je m’occupais parfois mais surtout pour échapper aux corvées de garde.
Le seul jour où je fis grasse matinée, le 15 août, mes chefs me désignèrent pour le service de garde : pas de messe ce jour-là ! Je vis là une juste punition de ma paresse …
C’est à Vesoul aussi, que je rendis visite à l’Abbé CHAYS, ancien aumônier de Franois, retiré auprès des Dames de Saint-Maur.
Anecdote
En manœuvre au camp de Valdahon, je décidai le dimanche de me rendre au RUSSEY, espérant garnir quelque peu mon escarcelle vide … M. PERRET me remit une pièce de 10 francs, je crois ; ce qui couvrit le billet du retour. Par contre, quelques jours plus tard, passant à ECOLE, M. AGUETTAZ, homme de cœur, me fit un don substantiel pour revenir en congé le dimanche suivant. Ce fut un jour mémorable, une rencontre de sept Frères Maristes, militaires dans la région de Besançon. Quel réconfort !
Durant mon service militaire, j’appris le « morse », ce qui me permit d’être « radio-chiffreur » durant la guerre. Je suivis également les leçons de conduite de véhicules auto-mitrailleurs, motos, voitures légères, mais sans jamais passer le permis de conduire. Cela est dû à l’entêtement absurde du capitaine qui ne voulait pas tolérer dans son escadron d’hommes à lunettes : or, nous étions trois, ayant suivi une préparation militaire et ayant choisi notre arme. En dépit de ses efforts, il ne put nous renvoyer, mais nous sanctionna en nous interdisant de passer le permis.
Je garde un souvenir de l’esprit de camaraderie qui régnait parmi nous. J’étais aussi le 2e secrétaire du bureau, remplissant toutes sortes de tâches, auprès des sous-officiers : comptes rendus, tenue des comptes chiffrés.
(Mémoires inédits de fr Charles Bonnet)